Des peintures murales deux fois plus vieilles que celles de Lascaux. Une équipe internationale d'anthropologues a découvert dans le sud-ouest de la France la plus ancienne forme d'art pariétal (ou mural) connue à ce jour, datant d'environ 37 000 ans, selon leurs travaux publiés lundi 14 mai. Un bloc de calcaire de 1,5 tonne contenant de nombreuses images gravées faisait partie d'une voûte effondrée de l'Abri Castanet dans le Périgord noir, appartenant au site préhistorique de Castel Merle (commune de Sergeac).

Les peintures découvertes à l'Abri Castenet sont deux fois plus vieilles que celles, toutes proches, de la grotte de Lascaux, dont voici une reproduction.
Les peintures découvertes à l'Abri Castenet sont deux fois plus vieilles que celles, toutes proches, de la grotte de Lascaux, dont voici une reproduction. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Cette zone du sud-est de la Dordogne est un haut-lieu de la culture aurignacienne (-40 000 à -28 000 ans). Les Aurignaciens étaient les premiers hommes modernes descendants de ceux qui ont émigré d'Afrique il y a environ 45 000 ans et ont pris progressivement la place des Néandertaliens, disparus il y a 28 000 ans. Abri Castanet se trouve à deux pas de la grotte de Lascaux, qui date elle de 17 000 ans et a été peinte par des descendants des Aurignaciens, également célèbres pour la richesse de dessins et peintures plus récents de la grotte de Chauvet en Ardèche (environ -32 000 ans).

Chevaux rouges et noirs

L'abri sous roche en question, qui mesure de 250 à 300 m², servait d'habitat à un groupe qui pourrait avoir totalisé 300 individus, selon ces chercheurs, dont l'étude paraît dans les Annales de l'académie nationale américaine des sciences. Une analyse géologique montre que cette voûte se trouvait à deux mètres au-dessus du sol où vivaient les Aurignaciens, soit à portée de main. La richesse de ces gravures, comme celles de deux chevaux en rouge et noir (pour lesquels aucune photo n'est pour l'instant disponible), montre le rôle important joué par l'expression artistique dans la vie quotidienne de ces premiers humains modernes.

"Les premiers humains aurignaciens fonctionnaient plus ou moins comme les humains d'aujourd'hui", explique Randall White, professeur d'anthropologie à l'Université de New York, et l'un des principaux auteurs de ces travaux. "Ils avaient des identités sociales relativement complexes, communiquées par le biais d'ornements personnels et ils pratiquaient aussi la sculpture et les arts graphiques (...) Il est aussi évident que les Aurignaciens avaient un langage sophistiqué", expliqe-t-il, car "on a du mal à imaginer une telle complexité conceptuelle et technique sans la capacité de s'exprimer par la langue".