"La République est morte", estime Michel Houellebecq

L'écrivain évoque dans un entretien accordé à "l'Obs" son nouveau roman "Soumission".

Le romancier Michel Houellebecq, à Paris, le 5 novembre 2014.
Le romancier Michel Houellebecq, à Paris, le 5 novembre 2014. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Mis à jour le , publié le

"Aujourd'hui, l'athéisme est mort, la laïcité est morte, la République est morte." Le constat de Michel Houellebecq est sans appel. Dans un entretien à l'Obs dévoilé mardi 6 janvier, l'écrivain français affirme : "Il me paraît difficile de nier, aujourd'hui, un puissant retour du religieux."

Michel Houellebecq doit présenter mardi soir, au 20 heures de France 2, son nouveau roman Soumission, une œuvre de politique-fiction à paraître mercredi, qui voit le chef d'un parti musulman accéder au pouvoir dans la France de 2022. "Un courant d'idées né avec le protestantisme, qui a connu son apogée au siècle des Lumières, et produit la Révolution, est en train de mourir. Tout cela n'aura été qu'une parenthèse dans l'histoire humaine", confie Houellebecq à l'Obs.

Les musulmans "sont dans une situation intenable"

"Les musulmans sont, sur le plan 'sociétal' comme on dit de nos jours, plus proches de la droite, voire de l'extrême droite. Qui, en même temps, les rejette avec violence, poursuit le romancier. Donc ils sont dans une situation intenable." S'interrogeant sur les possibilités du vote des musulmans de France, l'auteur en tire une unique conclusion : "Ils ne peuvent pas voter pour des socialistes qui mettent en place le mariage homosexuel. Ils ne vont quand même pas voter non plus pour des gens de droite qui veulent les virer. La seule solution serait effectivement la constitution d'un parti musulman."

S'inquiète-t-il des retombées de son livre ? "Je capte une situation, c'est tout. Je parviens à capter parce que je n'ai pas d'a priori, je suis neutre (...). Je ne suis pas un intellectuel de centre gauche. Je n'ai rien d'autre à délivrer qu'une vision du monde. Mais je tiens à la délivrer." Michel Houellebecq assure faire "davantage confiance à l'intelligence de la masse qu'à celle des élites".

"Ce roman suscitera peut-être des polémiques chez ceux qui gagnent leur vie en polémiquant, mais sera perçu par le public comme un livre d'anticipation, sans rapport réel avec la vie", ajoute-t-il. Le fait est "que je ne corresponds pas, pour la gauche, à l'ennemi classique. Je n'agresse pas le politiquement correct. Je le traite comme un phénomène étrange, saugrenu, que je vois de très loin".