Le chef Gilles Goujon, trois étoiles au Michelin, pose dans son restaurant L'Auberge du vieux puits, à Fontjoncouse (Aude), le 28 février 2010.
Le chef Gilles Goujon, trois étoiles au Michelin, pose dans son restaurant L'Auberge du vieux puits, à Fontjoncouse (Aude), le 28 février 2010. (REMY GABALDA / AFP)

Par pitié, savourez nos plats, au lieu de les mitrailler. Deux chefs français font part de leur agacement face à certains clients qui, téléphone en main, prennent des photos de leurs assiettes pour les poster sur les réseaux sociaux.

Gilles Goujon, chef trois étoiles de L'Auberge du vieux puits, à Fontjoncouse, dans l'Aude, prend l'exemple de son œuf de poule "pourri" de truffes. "Si les gens le prennent en photo coupé et l'envoient sur les réseaux sociaux, ça enlève la surprise, déplore-t-il. On enlève aussi un peu ma propriété intellectuelle, on peut être copié."

"On n'arrive pas à déconnecter les gens"

Alexandre Gauthier, chef du restaurant la Grenouillère, à La Madelaine-sous-Montreuil (Pas-de-Calais), a lui représenté un appareil photo barré sur sa carte. "Les photos ne sont pas interdites, mais je veux créer l'interrogation", explique-t-il. "On n'arrive pas à déconnecter les gens", regrette le chef étoilé, âgé de 34 ans, tout en assurant qu'il ne s'agit que d'une minorité de clients.

"Avant, ils faisaient des photos de famille, de la grand-mère, et maintenant on fait des photos de plat", note-t-il. "C'est gratifiant, mais nous sommes une maison où il y a peu d'éclairage, donc il faut le flash. (...) On tweete, on 'like', on commente, on répond. Et le plat est froid", lâche-t-il encore. "Il y a des moments pour tout. (...) On essaie de créer une parenthèse dans la vie de nos clients. Pour ça, il faut déconnecter du portable."

Agacement à New York aussi

Les chefs français ne sont pas les seuls à se plaindre. Dans le New York Times, des chefs de New York ont dénoncé récemment l'attitude de certains clients, debout sur leur chaise pour prendre la meilleure photo possible, qui utilisent le flash, voire des trépieds en plein restaurant. Conséquence : quelques-uns interdisent aux clients de prendre des clichés.

"Beaucoup de gens" le font, "c'est compliqué d'interdire", confie Gilles Goujon. "Je cherche une phrase à écrire [sur le menu], mais je n'ai pas encore trouvé la bonne formule, qui ne soit pas choquante."