Pourquoi les festivals ont battu des records de fréquentation cet été

En France, malgré le contexte sécuritaire, de nombreux festivals ont battu des records de fréquentation pendant cet été 2016. Franceinfo revient sur les raisons de ce succès.

La scène principale du festival des Vieilles Charrues, à Carhaix (Finistère), pendant un concert des Arctic Monkeys, le 19 juillet 2014.
La scène principale du festival des Vieilles Charrues, à Carhaix (Finistère), pendant un concert des Arctic Monkeys, le 19 juillet 2014. (FRED TANNEAU / AFP)
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Près de 278 000 personnes à Carhaix pour les Vieilles Charrues, plus de 145 000 à La Rochelle pour les Francofolies, environ 200 000 à Paris pour Solidays, 104 000 à Belfort pour les Eurockéennes, et sans doute plus de 100 000 au parc de Saint-Cloud pour Rock en Seine, qui débute vendredi 26 août et qui doit durer trois jours. 

Alors que la menace terroriste faisait planer la crainte d'un été noir, les festivals ont connu cette année un succès historique. "Il y a eu une fréquentation exceptionnelle. Les Français étaient au rendez-vous, ils étaient là", s'est réjouie la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, au micro de Franceinfo. Retour en trois points sur les raisons de ce succès.

Les festivals étaient particulièrement sécurisés 

"On a eu beaucoup d’appels de gens qui voulaient continuer à venir, mais qui avaient besoin d’être rassurés sur les mesures de sécurité", explique Jérôme Tréhorel, le directeur général des Vieilles Charrues, au quotidien La Croix. Les mesures de sécurité ont d'ailleurs été largement renforcées pour rassurer les festivaliers. Pour les Eurockéennes à Belfort, par exemple, ce sont près de 130 000 euros qui ont été rajoutés au budget. "Nous avons tous pris des mesures de sécurité supplémentaires, raconte Paul Fournier, le président de l'association France Festivals au Parisien. Il fallait rassurer le public, sans que ce soit pesant sur lui."

"Au Festival interceltique de Lorient, 250 policiers et 130 agents de sécurité ont été mobilisés. Aux Vieilles Charrues, 215 gendarmes, 724 agents de sécurité privée, 21 pompiers, 23 médecins, 18 infirmiers, 204 secouristes ont complété un dispositif jamais vu", illustre La Croix.

Et si les contraintes sécuritaires ont pesé sur les finances des festivals, "le fonds de sécurité" mis en place par le gouvernement après les attentats de novembre a cependant permis d'amortir une partie de ces frais supplémentaires.

De nombreux événements ont été annulés

Si les festivals qui se sont tenus cet été ont attiré plus de spectateurs que d'habitude, c'est aussi parce que ces derniers ont eu moins de choix que les années précédentes. Les attentats à Nice et à Saint-Etienne-du-Rouvray ont en effet obligé les organisateurs à prendre des mesures de sécurité maximales, au point de pousser certains à annuler leurs événements.

Du meeting aérien de la patrouille de France à Marseille au feu d'artifice à la Baule, de la braderie de Lille au Nice Jazz Festival, de l'ouverture des Jeux du théâtre de Sarlat aux Plages musicales de Berck... Des dizaines d'évènements festifs ont été annulés, ce qui, par effet de vases communiquants, a favorisé la fréquentation record des événements maintenus. 

Des moments rassembleurs et fédérateurs

Pour certains spécialistes, le contexte terroriste, loin de dissuader les festivaliers, a également pu renforcer l'engouement pour ces rassemblements. "Il y a une volonté de se retrouver, d’éprouver la force d’un collectif réuni, de l’affirmer", estime Emmanuel Ethis dans La Croix. Pour le sociologue, le festival crée de façon temporaire "une identité collective (...). C’est quelque chose qui répond parfaitement aux attentes d’une société bousculée". "On cherche, par le comportement festivalier, le réenchantement d’un monde plus dur", abonde le sociologue Emmanuel Négrier.

Des propos confirmés dans Le Parisien par Jean-Pierre Roland, le directeur des Eurockéennes de Belfort, pour qui "les succès de cet été traduisent la préciosité de nos événements dans une société un peu trouble. Il y a presque un côté militant." 

Le lendemain de l’attentat de Nice, le public n’a pas du tout paniqué. Au contraire, il a fait bloc, dans un moment de communion. Après la minute de silence, une Marseillaise est partie spontanément, c’était hallucinant.

Jérôme Tréhorel, le directeur des Vieilles Charrues

La Croix