Pourquoi le film "Salafistes", en salle mercredi, fait polémique

Le documentaire propose une plongée dans les milieux islamistes les plus radicaux. 

Panneau indiquant la direction de Tombouctou, au Mali. Les réalisateurs ont notamment filmé des scènes dans les milieux salafistes maliens.
Panneau indiquant la direction de Tombouctou, au Mali. Les réalisateurs ont notamment filmé des scènes dans les milieux salafistes maliens. (ERIC BERACASSAT / ONLYFRANCE.FR / ONLY WORLD)

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La polémique entoure la sortie en salle, mercredi 27 janvier, du film Salafistes. Le documentaire choc de François Margolin et Lemine Ould Salem, co-produit par France 3 Cinéma, est menacé d'une interdiction aux moins de 18 ans. Mardi 26 janvier, les réalisateurs ont présenté une nouvelle version du film à la commission de classification des œuvres du Centre national du cinéma (CNC), demandant à nouveau un visa pour ce film, dont la projection est pour l'instant prévue dans cinq salles (deux à Paris, une en banlieue et deux en province). 

La commission doit rendre un avis mardi soir, tandis que la décision finale reviendra à la ministre de la Culture, Fleur Pellerin. Cette dernière donnera son verdict "au plus vite". 

Francetv info revient sur les questions délicates que pose cette plongée dans les milieux islamistes les plus radicaux, tournée au Mali, en Mauritanie et en Tunisie. 

Un traitement brut des images 

Les deux réalisateurs de Salafistes assument leur parti pris : le film montre une réalité brute, sans voix off, ni commentaires. Ils ont par ailleurs choisi d'insérer des extraits des vidéos de propagande du groupe Etat islamique (EI), que les médias refusent généralement de diffuser.

"Les images produites par Daech sont de la propagande et nous ne les montrons pas à l'antenne. (...) nous pensons que ce sujet doit être traité différemment", a fait savoir une source au sein de France Télévisions, indiquant que le film ne serait pas diffusé sur les chaînes du groupe. "Il n'y a pas de recul, d'explication, de décryptage", a-t-elle ajouté. 

Pour les réalisateurs, la violence de ces images leur à, à l'inverse, "semblé le meilleur des contrepoints". Ils mettent en avant le caractère exceptionnel de ces images inédites, tournées notamment par Lemine Ould Salem. Elles montrent, entre autres, la vie quotidienne en 2012 à Tombouctou (Mali), tombée aux mains d'Aqmi.  

Des scènes violentes 

Au cours du film, le spectateur assiste notamment aux préparatifs de l'exécution d'un berger touareg, jugé coupable d'assassinat, ou à l'amputation de la main d'un voleur, au Mali. Ces images, difficiles ou violentes ont également suscité la polémique. 

En cause notamment, des images non floutées de l'exécution du policier Ahmed Merabet, victime des tueurs de Charlie Hebdo. Dans un courrier adressé vendredi à la ministre, François Margolin avait indiqué qu'il allait modifier la scène. Lors de sa projection ce même jour au Festival international des programmes audiovisuel (Fipa) de Biarritz, les spectateurs, tous âgés d'au moins 18 ans, ont d'ailleurs découvert une scène floutée. 

Un discours qui interpelle

A la violence de certaines images, s'ajoute celle des discours. Ainsi, à Nouakchott, en Mauritanie, le film donne la parole à plusieurs prédicateurs salafistes qui ont pignon sur rue : l'attentat contre Charlie Hebdo ? "Ils ont eu ce qu'ils méritaient". Contre l'Hyper Cacher ? "Juifs et musulmans sont en guerre, ce n'est que justice", lance l'un d'eux. Enfin, pour l'imam Mohamed Salem Madjissi, l'EI "respecte la charia" et "est un Etat tout à fait légitime".

Des messages qui interpellent le spectateur, et font la force de ce documentaire, pour Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah. Dans une tribune publiée lundi par le journal Le Monde, il s'indigne de l'avis rendu par un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur qui siège à la commission de classification du CNC, à l'origine d'un avis demandant l'interdiction pure et simple du document. Dans son texte, Claude Lanzmann a appelé la ministre de la Culture à "ne pas interdire la sortie du film", dénonçant une "inqualifiable conjuration pour interdire la sortie en salles de 'Salafistes'".

"C'est un préposé du ministère de l'Intérieur, sourd à tout argument, qui mène infatigablement cette sinistre offensive contre le film", a-t-il affirmé. "Sourd, aveugle et têtu, ce préposé du ministère de l'Intérieur range 'Salafistes' dans la catégorie 'apologie du terrorisme'", s'est-il indigné. 

"Notre but est de montrer que le salafisme est une véritable idéologie, puissante et en expansion", a expliqué François Margolin, cité par L'Express. "Elle est portée, non pas par des imbéciles, mais par des lettrés qui, calmement, tordent le sens des textes sacrés pour justifier leur entreprise mortifère."