Non, Disney n'a toujours pas sa princesse féministe

Exit les demoiselles en détresse. Avec "Raiponce", "Rebelle" ou "La Reine des neiges", Disney tente, depuis quelques années, de s'éloigner des stéréotypes. Francetv info distribue les bons et les mauvais points.

\"La Reine des neiges\", réalisé par Chris Buck et Jennifer Lee, est sorti en France le 4 décembre 2013.
"La Reine des neiges", réalisé par Chris Buck et Jennifer Lee, est sorti en France le 4 décembre 2013. (THE WALT DISNEY COMPANY FRANCE)
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Nora BouazzouniFrance Télévisions

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Il était une fois une princesse qui avait un poignet aussi gros que son œil. Un sociologue américain a pointé, lundi 16 décembre sur son blog, repéré par Rue89, la dysmorphie des personnages féminins des dessins animés Disney par rapport aux personnages masculins. Le chercheur a notamment constaté que le poignet d'Anna, l'héroïne de La Reine des neiges, sorti quelques jours auparavant, faisait la taille de son œil. "Des yeux démesurés et des mains minuscules symbolisent la féminité chez Disney", analyse-t-il. 

Pour le studio, ce genre de commentaire est un cauchemar : depuis des années, Disney tente de désamorcer les critiques sur les clichés sexistes que véhiculent ses dessins animés. Depuis Pocahontas en 1995 et Mulan en 1998, exit les demoiselles en détresse, vive les héroïnes à l'indépendance farouche. Mais si le studio, qui a pris le temps de la réflexion, ne ménage pas ses efforts, le résultat n'est pas toujours au rendez-vous…

"Raiponce" : poursuivez les efforts

En 2010, Disney s'inspire d'un conte allemand pour créer une princesse moins cliché que d'habitude. Raiponce, dont la très, très longue chevelure magique permet de guérir et rajeunir, a été kidnappée et enfermée depuis sa naissance par une sorcière qui refuse de vieillir, mère Gothel. Elle la dissuade de partir en lui décrivant le monde extérieur comme un univers extrêmement dangereux. Contrairement à l'histoire originale, Raiponce n'a pas l'idée saugrenue de s'enfuir avec un inconnu monté à sa tresse et qui lui assure être amoureux d'elle (c'est donc ça, le coup de foudre ?). Quand Flynn Rider, un voleur pas du tout issu de la haute, se réfugie dans la tour, elle l'assomme avec une poêle. A son réveil, elle lui propose de lui rendre la tiare qu'il a dérobée s'il l'aide à s'échapper.

Une héroïne éprise de liberté – pas celle qui consiste à quitter sa famille et devenir muette pour avoir des jambes et plaire à un marin qui joue de la flûte (coucou, Ariel !) – c'est rare. Surtout que Raiponce possède deux armes : sa poêle et sa tignasse, véritable couteau-suisse. Mais s'il est "louable d'avoir permis à Raiponce d'acquérir du pouvoir en détournant deux des vecteurs de l'aliénation des femmes en instruments d'émancipation", analyse le blog Le cinéma est politique, ils "cantonn[ent] la femme à l'utilisation d'objets typiquement féminins même lorsqu'elle cherche à s'émanciper". Est-il nécessaire de préciser que le couple improbable finit par se regarder avec des yeux de merlan frit en chantant "je veux croire en nous", avant de se marier et de procréer ?

"Rebelle" : on y est presque

En 2012, on a cru qu'elle était née, la divine enfant féministe de Disney. Certains ont d'ailleurs crié victoire un peu trop vite. Car Mérida, l'héroïne de Rebelle, est l'anti-princesse par excellence. Son physique et sa chevelure détonnent. On est loin des clones aux yeux démesurément grands et à la taille désespérément fine de ses prédécesseuses. Surtout, la rousse n'a qu'une chose en tête : s'émanciper du patriarcat et d'un rôle qui ne lui correspond pas. Non aux corsets serrés et aux prétendants incompétents, oui au tir à l'arc et aux aventures dans les arbres.

Mais si le film se livre à une critique de la figure récurrente de la princesse Disney, Le cinéma est politique nuance : "Loin de montrer cette volonté d'émancipation comme quelque chose de positif, le film s'acharne au contraire dans toute sa deuxième partie à mettre en garde l'héroïne contre les dangers qu'elle encourt à vouloir ainsi se libérer" et les conséquences que son "égoïsme" peut avoir sur ses proches. On s'y attendait : sa soif de liberté répand le chaos dans le royaume, et notre héroïne de reconnaître, à la fin, que sa mère avait raison : elle a "payé le prix". Car "on ne s'émancipe pas impunément chez Disney / Pixar", note le blog spécialisé.

Il souligne par ailleurs un autre schéma récurrent : dans ces dessins animés, les pères sont "toujours innocentés en étant présentés comme des patriarches bienveillants, mus uniquement par l'amour et ne voulant que le bien de leur fille. Par ce dispositif, [Rebelle] fait porter tout le chapeau de la domination masculine aux femmes".

"La Reine des neiges" : allez, encore un tout petit effort

Très vaguement inspiré d'un conte d'Andersen, La Reine des neiges, sorti pour Noël, semble avoir gagné son label de "conte féministe". Mouais.

A l'origine, l'histoire raconte les aventures de Gerda, partie seule secourir son meilleur ami retenu dans le château de la reine des neiges. Dans la version Disney, ça commence mal : Anna est une princesse un peu naïve qui chante en rêvant du prince charmant et donne sa main au premier venu.

Mais le scénario la rattrape. Anna part à la recherche de sa sœur Elsa, qui s'est exilée après avoir malencontreusement gelé le royaume. Pour une fois, Disney nous montre une jeune femme lancée dans une aventure "virile" : sauver le royaume et, au passage, secourir sa sœur.

On voit que Disney a compris la leçon. Quand son compagnon de route, Kristoff, ou sa sœur Elsa s'insurgent : "Tu ne peux pas épouser un homme que tu viens de rencontrer !" Quand on apprend qu'en fait, le prince charmant ne s'intéressait à Anna que pour mieux mettre le grappin sur le royaume. Ou quand Elsa célèbre sa liberté et son indépendance, après avoir passé son enfance enfermée à cause de ses pouvoirs. Sans les chansons mièvres du début, on aurait presque applaudi.