"La vie d'Adèle" : les actrices revoient leur récit du "tournage horrible"

Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos se sont lâchées dans une interview avant de tenter d'éteindre l'incendie. Entre brutalité et sadisme, les deux jeunes actrices avaient dressé un portrait féroce du réalisateur Abdellatif Kechiche. 

L\'actrice Léa Seydoux (à gauche) pose le 26 mai 2013 avec le réalisateur Abdellatif Kechiche et l\'actrice Adèle Exarchopoulos, après avoir reçu la Palme d\'or pour \"La vie d\'Adèle\", à Cannes (Alpes-Maritimes).
L'actrice Léa Seydoux (à gauche) pose le 26 mai 2013 avec le réalisateur Abdellatif Kechiche et l'actrice Adèle Exarchopoulos, après avoir reçu la Palme d'or pour "La vie d'Adèle", à Cannes (Alpes-Maritimes). (ZHENG FUDE / IMAGINECHINA / AFP)
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La vie d'Adèle a eu beau gagner la Palme d'or au festival de Cannes en 2013, le film n'a pas été épargné par les polémiques. Après les critiques des techniciens sur les conditions du tournage, c'est au tour des actrices de passer aux aveux, dans une interview accordée à The Daily Beast (lien en anglais), mise en ligne dimanche 1er septembre, sur les méthodes du réalisateur Abdellatif Kechiche.

Interviewées le lendemain par Le Parisien (lien abonnés), les deux actrices ont néanmoins tenté d'atténuer leur critique. Si elles reconnaissent un tournage "compliqué et difficile", Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos préfèrent insister sur "l’improvisation et le partage". "C’est sans doute le film où nous avons le plus appris, le plus évolué", martèle à l'envi la seconde. 

Un réalisateur indécis et colérique

Léa Seydoux donne le ton dès le début de l'interview. "En France, ce n'est pas comme aux Etats-Unis. Le réalisateur a tous les pouvoirs", déclare-t-elle, évoquant un piège pour les acteurs. Adèle Exarchopoulos, elle, parle de la "confiance aveugle" demandée par Abdellatif Kechiche. "Je ne connaissais pas Léa au début, et pendant la première scène de sexe, j'avais un peu honte de la toucher là où je voulais, parce qu'il ne nous avait pas dit quoi faire", poursuit Adèle Exarchopoulos.

"Il était toujours en train de chercher, parce qu'il ne savait pas ce qu'il voulait vraiment. Nous avons passé des semaines à filmer chaque scène. Même traverser la rue était difficile. Dans la première scène, où nous nous croisons et c'est le coup de foudre, cela ne dure que 30 secondes, mais nous avons passé toute une journée à la tourner, au moins en 100 prises", raconte, un peu plus tard dans l'interview, Léa Seydoux. "A la fin de la journée, Abdellatif Kechiche était fou de rage parce que je marchais vers Adèle en riant un peu, après avoir marché l'une vers l'autre pour cette scène toute la journée. Il est devenu fou, a lancé le moniteur au milieu de la rue." "Il ne voulait pas nous laisser" voir nos familles, ajoute Adèle Exarchopoulos.

Autant de détails qui corroborent le portrait dressé par Libération en mai. "Il est connu pour être un tyran sur les tournages", indiquait alors le quotidien.

Dix jours pour tourner une scène de sexe

La vie d'Adèle est une histoire d'amour fiévreuse entre deux jeunes femmes. Leurs longues étreintes sont filmées en gros plan. La scène centrale du film, notamment, dure dix minutes. Les deux actrices affirment que cette scène a été filmée en dix jours, dans des conditions éprouvantes. "Un jour, tu comprends que tu vas être nue tous les jours et dans différentes positions sexuelles, et c'est assez difficile, parce que je ne suis pas habituée au sexe entre femmes", confie Adèle Exarchopoulos.

"Le premier jour où nous avons tourné ensemble, je devais te masturber, je pense ?" ajoute Léa Seydoux. "[Rires] C'était la première scène que nous avons réellement tournée ensemble (...). Mais après cela, nous avons tourné beaucoup d'autres scènes de sexe. Et [Abdellatif Kechiche] voulait que la sexualité évolue au même rythme que le tournage du film", répond Adèle Exarchopoulos.

"Frappe-la ! Frappe-la encore !"

Les scènes de sexe n'étaient pas les seules à être tournées longuement, avec précision. Abdellatif Kechiche exigeait autant d'implication pour les scènes plus violentes, selon les deux actrices. Léa "m'a frappée de nombreuses fois, pendant que [Kechiche] criait 'Frappe-la ! Frappe-la encore !" précise Adèle Exarchopoulos. "Aux Etats-Unis, on aurait tous été en prison", ajoute Léa Seydoux.

Même lorsqu'Adèle Exarchopoulos se blesse, et que son nez saigne, le réalisateur n'interrompt pas le tournage. "Abdellatif Kechiche criait 'Non ! Embrasse-la ! Lèche sa morve !" relate l'actrice, qui se reprend le lendemain dans Le Parisien "Il y a beaucoup de propos qui relevaient du second degré. C’était de l’humour."

"On ne travaillera plus avec Abdellatif Kechiche"

Les deux actrices évoquent ensuite la longueur du tournage. Initialement prévu pour deux mois et demi, il s'est éternisé. Au total, un peu plus de cinq mois ont été nécessaires, comme l'ont dénoncé en mai techniciens et ouvriers présents sur le tournage. "Ce qui était terrible avec ce film, c'est qu'on n'en voyait plus la fin. (...) A la fin, nous étions tout simplement fatigués", résume Léa Seydoux.

"C'était horrible", ajoute l'actrice, en réponse à la journaliste du Daily Beast, qui lui demande si participer au film était une bonne expérience. "Abdellatif Kechiche est un génie, mais il est torturé. (...) Mais c'était une bonne expérience pour moi en tant qu'actrice", concède Adèle Exarchopoulos. La journaliste enchaîne, et demande aux deux jeunes femmes si elles aimeraient travailler à nouveau avec Abdellatif Kechiche. Leurs réponses sont catégoriques : "jamais" pour Léa Seydoux, "je ne pense pas", pour Adèle Exarchopoulos.