De "La Vie d'Adèle" à "Bang Gang", ces films pris pour cible par l'association catholique Promouvoir

Cette association aux valeurs "judéo-chrétiennes" veut "défendre la dignité humaine". Depuis plusieurs années, elle bataille contre certains films, afin qu'ils ne soient visibles que par les plus de 18 ans.

Interdit aux moins de 12 ans, le film "Bang Gang" est dans le viseur de l'association catholique Promouvoir, qui dénonce des scènes de sexe trop explicites.
Interdit aux moins de 12 ans, le film "Bang Gang" est dans le viseur de l'association catholique Promouvoir, qui dénonce des scènes de sexe trop explicites. (FULL HOUSE / AFP)

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C'est la dernière cible en date de Promouvoir. Selon Le Canard enchaîné, le film Bang Gang, sorti à la mi-janvier, est dans le viseur de cette association catholique proche des milieux traditionalistes. Promouvoir dénonce avant tout la classification du film, interdit en salles aux moins de 12 ans. Et dans la même veine, le mouvement a déjà obtenu de nombreuses victoires au tribunal administratif ou au Conseil d'Etat.

L'association Promouvoir peut en effet s'appuyer sur un article du Code du cinéma et de l'image animée, qui stipule que tout film qui "comporte des scènes de sexe non simulées ou de très grande violence" doit être interdit aux moins de 18 ans. Une définition assez large pour laisser de la place à l'interprétation, comme nous l'expliquions en décembre 2015. Francetv info revient sur ces films qui ont fait trembler ces militants catholiques traditionalistes.

1"Bang Gang" (2016), d'Eva Husson

Le film raconte les orgies sexuelles d'un groupe de jeunes, sur fond d'histoires amoureuses. Ce long-métrage français, précise Metronews, est adapté d'un fait divers qui avait impliqué des centaines de jeunes, dont certains ont été hospitalisés après avoir contracté la syphilis. Déjà sorti en salles, le film est interdit aux moins de 12 ans.

André Bonnet, l'avocat de l'association Promouvoir, a saisi le tribunal de Paris pour demander "un visionnage au Centre national du cinéma préalablement à sa sortie... Afin de court-circuiter cette commission, qu'il juge acquise aux pornographes", écrit Le Canard enchaîné, mardi 2 février. En vain, pour le moment.

2"La Vie d'Adèle" (2013), d'Abdellatif Kechiche

Pendant trois heures, La Vie d'Adèle conte la passion amoureuse entre deux jeunes femmes, interprétées par Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, sans occulter des scènes de sexe "réalistes". Le film fait sensation au festival de Cannes, où il décroche la Palme d'or. Lors de sa sortie en salles, il est interdit aux moins de 12 ans.

Mais deux ans après la sortie du film, en décembre 2015, l'association finit par obtenir l'annulation du visa d'exploitation, interdit jusque-là aux moins de 12 ans. "Je n’ai jamais pensé que mon film pouvait être vu par des gamins de 12 ans, et je déconseille personnellement à ma fille de le voir avant qu’elle ait 14 ou 15 ans", réagit le réalisateur Abdellatif Kechiche, dans un entretien au Monde. Les cinéastes de l'Association des auteurs, réalisateurs, producteurs, eux, font part de leur "stupeur".

3"Love" (2015), de Gaspard Noé

Le film Love, sorti en 2015, raconte la relation entre Murphy et Electra au moyen de flash-backs entrecoupés de voix-off, et montre de nombreuses scènes de sexe, en partie non simulées, parfois en gros plan. Interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salles, il est finalement interdit à tous les mineurs, après l'action en justice de l'association.

A la demande de Promouvoir, le visa du film est suspendu par le tribunal administratif, alors qu'il était encore en salles. Dans sa décision, le Conseil d'Etat n'y trouve rien à redire, assurant même que ce film "aurait dû être interdit aux moins de 18 ans (sans classement "X"), en raison des nombreuses scènes de sexe non simulées qu’il comporte". Vincent Maraval, producteur du film, ne cache pas son amertume, dans Les Inrocks : "On a l’impression qu’André Bonnet [l'avocat de Promouvoir] a désormais plus d’influence que la ministre de la Culture ou le CNC, c’est l’homme qui décide de la classification des films en France.”

4"Nymphomaniac" (2013), de Lars Van Trier

En 2013, le réalisateur Lars Von Trier réalise Nymphoniac, divisé en deux chapitres, qui aurait subi des coupes pour ne pas être censuré. Cette fresque raconte la vie d'une femme, de sa naissance à 50 ans, qui s'est elle-même diagnostiquée nymphomane.

Le tribunal administratif donne encore une fois raison à l'association Promouvoir, et les deux parties du film sont interdites aux moins de 16 et 18 ans, contre 12 et 18 auparavant. En cause : les scènes de sexe non simulé. Mais cet argument ne convainc pas le journaliste Jean-Michel Frodon. Sur Slate, il dénonce une "conception archaïque tendant à contrôler ce qui se passe sur le plateau de tournage".

5"Saw 3D" (2010), de Kevin Greutert

Septième épisode de la série, ce film gore met en scène des personnages confrontés à des chantages, avec des scène d'auto-amputation et de meurtres. Lors de sa sortie, en 2010, le film est interdit aux moins de 16 ans, en raison de ses scènes violentes.

Rebelote. L'association Promouvoir demande l'annulation du visa, mais est déboutée par le tribunal administratif, puis se tourne vers le Conseil d'Etat. Ce dernier constate "des actes répétés de torture et de barbarie" et annule l'autorisation, cinq ans après la sortie du film. La lenteur de la décision a toutefois limité le préjudice pour les producteurs.

6"Ken Park" (2002), de Larry Clark

Le film débute par un suicide d'adolescent dans une petite ville de Californie. Il se poursuit avec la vie de ses camarades, tous issus de la classe moyenne, qui trompent l'ennui avec le sexe et la violence.

Saisi par Promouvoir – qui dénonce "les tendances pédophiles" du long-métrage, le Conseil d'Etat interdit le film aux moins de 18 ans, comme dans certains pays étrangers. En Australie, la censure a même annulé la projection au festival de Sydney, à cause des abus sexuels sur mineurs et de la prise de drogue. "Si, désormais, le propos du Conseil d'Etat est d'apprécier la conformité d'une décision à la loi en s'inspirant de décisions prises dans d'autres pays, nous assisterions à une globalisation de la censure", s'alarme la société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs, citée par Libération.

7"Baise-moi" (1999), de Virginie Despentes

Adapté du roman éponyme de Virginie Despentes, ce film met en scène Nadine, qui se prostitue et apprécie les films pornographiques. Le long-métrage comporte des scènes violentes et de viols.

L'association Promouvoir tente d'obtenir l'annulation du visa, car elle souhaite l'inscription du film sur la liste des films pornographiques ou d'incitation à la violence. Interdiction aux moins de 16 ans ou classement X ? Une autre solution est trouvée, après l'intervention du ministère de la Culture et la modification d'un décret de 1990. A cette occasion, l'interdiction aux moins de 18 ans – un temps abandonnée – est rétablie en France.