Alerte au nez rouge à Douai : comment les clowns sèment la terreur dans les rues de nos villes

Des clowns menaçants ont fait leur apparition dans plusieurs communes du nord de la France, mais aussi autour de Los Angeles, en Californie. D'où vient cette étrange fascination pour l'auguste mal intentionné ? 

Un homme déguisé en clown lors du festival Comic Con à San Diego (Etats-Unis), le 22 juillet 2011.
Un homme déguisé en clown lors du festival Comic Con à San Diego (Etats-Unis), le 22 juillet 2011. (MIKE BLAKE / REUTERS )
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Panique dans le Nord. Dans trois communes proches de Douai, la police reçoit d'étranges appels depuis lundi. Deux jeunes filles et un garçon affirment avoir été agressés ou suivis par un individu menaçant, rapporte France 3 Nord Pas-de-Calais. Ces trois plaintes, déposées en trois jours et en trois lieux différents, visent un homme déguisé portant un nez rouge, une perruque et parfois muni d'un couteau. 

Vrai tordu ou mauvaise blague, ce Bozo nordiste fait trembler les réseaux sociaux. Sur Twitter et Facebook, des apparitions de clowns, invérifiables, "sont signalées un peu partout autour de Douai, mais aussi dans le Valenciennois, le Cambrésis et même le département voisin de l'Aisne", poursuit France 3 Nord Pas-de-Calais. Et le phénomène ne se limite pas au nord de la France. 

Le clown flippant, un nouveau "mème"

Huit jours plus tôt, à Périgueux (Dordogne), soit à près de 700 km de Douai, un autre clown, muni d'un couteau factice, effrayait les passants. La police l'a arrêté et a découvert sous le costume bariolé un adolescent de 16 ans, rapporte France Bleu Périgord. Interrogé par les autorités, le jeune homme a expliqué s'être inspiré de vidéos virales dans lesquelles un clown menaçant poursuit des passants, le soir, dans des parcs ou des parkings. Une "blague" qu'il a voulu copier, comme d'autres se versent des seaux d'eau sur la tête. Ces vidéos, réalisées par une petite société de production italienne, atteignent plusieurs dizaines de millions de vues sur YouTube. Presque 30 millions pour la première, "Clown prank", postée au mois de mai. 

"Ces blagues vont plus loin que ce que l'on voit d'habitude sur le web, affirme Matteo Moroni, de DM Pranks, la société qui produit ces blagues déconseillées aux cardiaques. Elles sont plus glauques, plus sanglantes, plus terrifiantes." C'est pour cela qu'elles cartonnent, assure-t-il à francetv info. Seulement, le clown-vidéaste s'inquiète de voir Monsieur et Madame Tout-le-monde jouer les Captain Spaulding. "Pour enregistrer une simple scène, je travaille avec une équipe de cinq personnes pendant plus de sept heures, explique-t-il. On attend parfois quatre heures juste pour trouver la bonne victime." Il refuse, par exemple, de piéger des femmes. "Elles pourraient être enceintes", avance Matteo Moroni, soucieux de ne blesser personne. Mais qu'en est-il des imitateurs ? 

Le 10 octobre, la police de Bakersfield, près de Los Angeles aux Etats-Unis, a recensé 16 plaintes visant des clowns armés qui auraient été aperçus dans les rues de la ville. Tous imitaient le "clown de Wasco", dont les images ont circulé sur le web la semaine précédente. Ce dernier, né d'un projet photographique mené par un couple habitant cette petite ville californienne a, en quelques jours, engendré des dizaines de "copycats" (des imitateurs). L'un d'eux, un jeune garçon de 14 ans, a été arrêté par la police. Armé de sa seule bêtise, il poursuivait des enfants dans la rue, écrit The Los Angeles Times (en anglais)

Une peur vieille comme le monde 

Un an plus tôt, en septembre 2013, un autre clown, britannique cette fois, avait voulu pimenter le quotidien des habitants de Northampton en enfilant nez rouge et bottines taille 62. Mais face à la terreur suscitée par ses apparitions, il avait fini par se raviser. Même si le terme "coulrophobie", censé désigner une peur exagérée des clowns, ne figure pas dans nos dictionnaires, elle touche, en vrac : de jeunes enfants, de nombreux personnages fictifs (recensés ici par Wikipédia), des stars (on ignore ce qui a poussé Johnny Depp à s'"outer" comme coulrophobe) et des gens comme vous et moi. Pour l'anecdote, les organisateurs du Bestival, un festival de musique organisé sur l'île de Wight (Royaume-Uni), ont dû renoncer à placer l'édition 2006 de l'évènement sous la thématique du cirque car des festivaliers s'étaient mobilisés contre cette idée jugée "terrifiante".

 

Un extrait du film "Zombiland" (2009). 
Un extrait du film "Zombiland" (2009).  (COLOMBIA PICTURES )

La figure du clown a toujours été ambigüe, explique Slate. Peur de l'inconnu, crainte d'être tourné en ridicule ou désarroi face à ce personnage imprévisible : le clown, descendant du bouffon, "a toujours été un personnage impie", a expliqué en 2013 David Kiser, homme de cirque cité dans cette étude du Smithsonian magazine (en anglais). "L'art du clown est plutôt terrifiant et anxiogène", écrivait, en 1876, le critique français Edmond de Goncourt. "Leurs exploits suicidaires, leurs gesticulations monstrueuses et leurs mimiques frénétiques" lui évoquent "les asiles de fous"

Au XIXe siècle, des artistes clowns aux destins tragiques ont alimenté leur sinistre réputation, comme le Londonien Joseph Grimaldi, dépressif et alcoolique, ou encore le Français Jean-Gaspard Deburau, auteur d'un meurtre. Mais c'est surtout l'arrestation, à la fin des années 1970 aux Etats-Unis, de John Wayne Gacy qui a contribué à cette image terrifiante. Ce clown amateur, qui officiait dans les hôpitaux, est connu pour être l'assassin d'une trentaine de jeunes garçons. De quoi stimuler la plume du romancier américain Stephen King, qui a traumatisé toute une génération avec son livre Ça, sorti en 1986, et son adaptation télévisuelle en 1990. 

Une nouvelle icône pop

En découvrant Twisty le clown, le nouveau méchant de la série télévisée d'épouvante American Horror Story, le président de l'association Clowns of America International a vu rouge : "Nous n'apportons pas notre soutien aux médias qui alimentent la 'coulrophobie', aussi appelée peur des clowns", a-t-il réagi sur le site du Hollywood Reporter (en anglais). 

Chiffres à l'appui, l'association assure que ces  "clowns tueurs" éloignent les jeunes de ce drôle de métier. Pour le Dr Martin Antony, professeur de psychologie à l'Université Ryerson de Toronto (Canada), cité par le Smithsonian, plus les médias renvoient une image négative des clowns, plus leur réputation en pâtit.  

Mais n'enterrons pas Bozo trop vite. La récente popularité du mauvais clown lui a permis de se faire une place de choix dans les films fantastiques. Alors que le réalisateur américain Rob Zombie prépare un film mettant en scène un clown malfaisant, les grands enfants, amateurs de sensations fortes, plébiscitent l'auguste revisité, au même titre que les morts-vivants, dans les parcs à thème. Il est ainsi possible de tomber sur Bobo, un clown un peu cinglé qui officie dans une maison hantée à Omaha (Etats-Unis). Pour Halloween, les studios Universal d'Hollywood ont, eux, installé cette année l'attraction Clown 3-D. Et nul doute que les soirées étudiantes du 31 octobre compteront quelques Twisty (en tout cas, les tutoriels sont prêts). Quant aux vrais clowns, ces artistes drôles et farfelus, ils ont, fort heureusement, plus d'un tour dans leur sac pour redorer leur réputation.