Haneke, Audiard, Carax, Mungiu... ? Tout ce que l'on sait, dimanche 27 mai à midi, c'est que la Palme d'or sera remise à un homme. Le jury du 65e festival de Cannes s'est retiré à 9h10 dans une villa isolée sur les hauteurs de Cannes sous la présidence du réalisateur italien Nanni Moretti, en présence du président du festival Gilles Jacob. Il n'en sortira que pour la cérémonie qui débute à 19h15 et se gardera d'ici là de toute confidence. En attendant, la Croisette spécule, et la presse fait ses "tops". Voici, sans ordre déterminé, les cinq films qui ont le plus reçu les faveurs de la critique cette année.

Amour, de Michael Haneke

Michael Haneke a fait l'unanimité avec cette histoire d'un couple d'octogénaires, confronté à la maladie de la femme, qui devient paralysée. "Ça va aller de plus en plus mal, et un jour ce sera fini", dit le mari, cité par Le Point qui parle de "choc" pour ce film. La critique a salué la pudeur et la force du propos ainsi que l'interprétation de ce vieux couple aimant en fin de parcours. Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, deux acteurs mythiqies de la Nouvelle Vague, figurent également en bonne place pour un prix d'interprétation. 

S'il gagne cette année, Haneke ne sera pas complètement un inconnu sur scène. Le cinéaste autrichien a décroché la Palme d'or en 2009 pour Le Ruban Blanc et le Grand prix en 2001 pour La Pianiste (qui remportait aussi les deux prix d'interprétation). La rumeur annonce dimanche matin sa présence à Cannes, tout comme celle de Jean-Louis Trintignant dans la ville.

De Rouille et d'os, de Jacques Audiard

Après son succès avec Un Prophète, Grand Prix du jury à Cannes en 2009, Jacques Audiard va-t-il décrocher la récompense suprême ? Diffusé en début de festival, son mélo musclé De Rouille et d'os, avec le robuste Matthias Schoenaerts et Marion Cotillard en sirène tragique, a séduit les journalistes comme le public. Preuve en est, ce long métrage a pris la tête du box-office français dès sa première semaine d'exploitation.

"Tout cela est délicat, complexe, intense", écrit Télérama, pour qui "chaque mot, chaque son, chaque mouvement de caméra reflètent un univers qu'Audiard a pensé, voulu et qu'il prétend maîtriser jusqu'au moindre détail". La musique d'Alexandre Desplat et l'image légèrement éraillée, avec de nombreux contre-jours, participent aussi du charme et de l'intensité du film. Les deux acteurs principaux figurent également parmi les favoris pour un prix d'interprétation.

Au-delà des collines, de Cristian Mungiu

Comme Michael Haneke, Cristian Mungiu a déjà reçu une Palme d'or à Cannes pour son film Quatre mois, trois semaines et deux jours, en 2007. Le réalisateur roumain est revenu cette année avec une histoire d'exorcisme dans les collines roumaines, qui parle de la terreur avec ironie. "Un film glacial et brûlant", pour Le Figaro, et même "une grande claque", affirme son confrère du Figaro MagazineL'agent du cinéaste l'a démenti mais plusieurs sources assurent qu'il a été rappelé à Cannes, prêt à monter une dernière fois les marches pour la consécration.

Aux personnes qui reprocheraient à Cannes de toujours primer les mêmes, Thierry Frémaux, le délégué général du festival, a répondu samedi : "Se plaint-on quand Rafael Nadal gagne sept fois Roland Garros ?" Une réplique bien sentie, à la veille du coup d'envoi des internationaux de France de tennis.

Holy Motors, de Léos Carax

Ce film est sans doute, avec Cosmopolis de David Cronenberg, le plus déroutant de la sélection. Pour son grand retour, le cinéaste français Léos Carax réunit un casting tous azimuts (Denis Lavant, Eva Mendes, Kylie Minogue...) pour entrer quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie, tour à tour grand patron, meurtrier, créature monstrueuse, père de famille.

"Pour les uns, c'est un chef d'œuvre. Pour les autres, un navet", résume L'Express. Si le film est susceptible de trop diviser le jury, la prestation du comédien Denis Lavant, compagnon de route de Carax depuis Boy Meets Girls (1984), a été presque unanimement saluée par la critique. 

• Dans la brume, de Sergei Loznitsa

Présenté vendredi en compétition à Cannes, ce film ukrainien de deux heures, au rythme lent, raconte l'histoire d'un résistant soupçonné de collaboration enlevé par ses camarades pour être tué dans la forêt. Il a reçu samedi le Prix Fipresci de la critique internationale, un prix qui n'influence pas le jury mais donne tout de même le baromètre de la sélection pour les journalistes.

"C'est dans les pauses que les grands acteurs se révèlent", explique Sergei Loznitsa, justifiant ainsi l'absence de musique dans son long métrage. Mais en France, peu de critiques ont défendu ce film. Sur le site spécialisé Vodkaster, par exemple, qui regroupe les critiques de plusieurs blogueurs, Dans la brume n'est pas cité une fois pour un éventuel prix.