C'est la première affaire à rattraper Nicolas Sarkozy. Jeudi 21 mars, l'ancien chef de l'Etat a été mis en examen pour abus de faiblesse dans le dossier Bettencourt. Mais ce n'est pas le seul feuilleton judiciaire qui le menace. Son nom a en effet été cité dans plusieurs grosses affaires. Francetv info vous explique tout.
Les sondages de l'Elysée
En juin 2007, la présidence de la République passe un contrat avec le cabinet d'études Publifact, dirigé par Patrick Buisson, un proche de Nicolas Sarkozy. L'accord prévoit un versement annuel de 1,5 million d'euros, plus 10 000 euros de rémunération mensuelle. Une convention jugée irrégulière par la Cour des comptes en 2009, car passée sans appel d'offres, une procédure obligatoire pour de telles sommes.
L'association anticorruption Anticor serait déjà sur le pied de guerre. Selon 20 Minutes, elle "a prévu de saisir la semaine prochaine le juge d'instruction" en charge de l'affaire des sondages de l'Elysée, "afin qu'il relance les investigations". Anticor a déjà porté plainte en février 2010 pour délit de favoritisme, un délit passible de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Mais, alors qu'en mars 2011, le juge Tournaire estime qu'il y a matière à enquêter, le parquet puis la cour d'appel de Paris empêchent cette enquête, invoquant l'immunité pénale du président de la République.
Affaire Kadhafi et financement de la campagne de 2007
Des accusations sur un financement libyen de sa campagne de 2007, lancées en 2011 par le fils du colonel Kadhafi, Saïf Al-Islam, ont par ailleurs ressurgi entre les deux tours de la présidentielle. Le site Mediapart a publié un document controversé attribué à un ex-homme de confiance de Kadhafi, faisant état d'un "accord de principe" conclu en 2006 et portant sur 50 millions d'euros. Nicolas Sarkozy a parlé d'"infamie" et porté plainte pour faux et publication de fausses nouvelles contre Mediapart. Lequel a riposté en déposant une plainte en dénonciation calomnieuse contre le président sortant.
Dans cette enquête, le bureau et le domicile parisien de Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy puis secrétaire général de l’Elysée, ont été perquisitionnés.
Affaire Karachi et financement de la campagne de 1995
Dans l'affaire Karachi, les juges enquêtent sur un éventuel financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, par le biais de rétrocommissions présumées versées dans le cadre de contrats d'armement, mises en lumière dans l'enquête sur l'attentat de Karachi (Pakistan) perpétré le 8 mai 2002.
"Ça fait bientôt dix-sept ans. Est-ce que vous imaginez que s'il y avait quoi que ce soit à reprocher à M. Balladur, on ne l'aurait pas trouvé ?", balaie Nicolas Sarkozy en octobre 2011. Lors de la campagne présidentielle, il était à la fois ministre du Budget et porte-parole d'Edouard Balladur. Deux amis proches du chef de l'Etat, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, sont mis en examen dans cette affaire.
Les juges Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke ont obtenu l'élargissement de leur enquête à de possibles faits de blanchiment aggravé de 1993 à mars 2012, ce qui a conduit à une mise en examen, le 24 avril 2012, de l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine. Celui-ci a revendiqué, le 15 septembre, avoir "joué un rôle de facilitateur dans la conclusion" en 1994 d'un contrat de vente de sous-marins au Pakistan.
Affaire Lagarde et arbitrage en faveur de Tapie
Trois juges d’instruction enquêtent sur la décision, prise fin 2007 par l’ancienne ministre de l’Economie Christine Lagarde, de recourir à un arbitrage pour solder le contentieux opposant depuis 1993 Bernard Tapie au Crédit lyonnais sur la vente d’Adidas.
Selon L'Express, Nicolas Sarkozy a rencontré au moins six fois Bernard Tapie en 2007, avant son élection à la présidence, et à douze reprises, une fois installé à l’Elysée, entre le 15 juin 2007 et le 21 novembre 2010. Parmi ces rendez-vous inscrits noir sur blanc sur l'agenda de l'ancien chef de l'Etat, celui du 17 novembre 2007 à 17 heures intrigue : il intervient le lendemain de l'accord entre l'Etat et Bernard Tapie sur le recours à ce fameux tribunal arbitral.
Une enquête de la Cour de justice de la République vise Christine Lagarde, dont le domicile parisien a été perquisitionné mercredi. Les juges ont également perquisitionné chez Claude Guéant, ce qui suggère leur intérêt pour le rôle éventuel joué par l'ancien secrétaire général de l'Elysée dans la décision de recourir à cet arbitrage. "L'Elysée était bien sûr au courant", selon Claude Guéant, mais "c'est le ministère des Finances qui a décidé de recourir à cette procédure", rétorque-t-il, en rejetant la balle dans le camp Lagarde.