VIDEO. Bac de philosophie : une philosophe analyse trois sujets proposés aux lycéens

"La raison peut-elle rendre raison de tout ?", "Une œuvre d’art est-elle nécessairement belle ?", "Suffit-il d’observer pour connaître ?" : Adèle Van Reeth analyse à trois des sujets de philosophie proposés aux bacheliers jeudi.

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Adèle Van Reeth, philosophe et productrice des "Chemins de la philosophie" sur France Culture, a planché pour franceinfo sur trois des sujets de philosophie - une par filière - proposés, jeudi 15 juin, aux 520 000 élèves de terminale candidat au baccalauréat

Sujet de la filière ES : La raison peut-elle rendre raison de tout ?

Adèle Van Reeth : Ce sujet est effectivement compliqué parce qu'on se dit, c'est un peu redondant. On se dit : que fait la raison sinon rendre raison ? Analyser le sujet, c'est la clé de tout. On le lit jusqu'au bout. La raison peut-elle rendre raison... de tout ? Le travail de la raison est de rendre raison. Mais, déjà, que signifie "rendre raison" ? Ce n'est pas expliquer, ce n'est pas comprendre. Et surtout, est-ce qu'elle rend raison de tout ? En d'autres termes, est-ce que la raison a des limites ? Est-ce qu'il y a des choses que la raison ne peut pas comprendre ? Intuitivement, vous avez des réponses qui surviennent. Est-ce que la raison peut comprendre l'art ? Non. Est-ce que l'imagination, l'expérience, la sensibilité, qui ne relèvent pas du domaine de la raison, peuvent y avoir accès ? Pas forcément. C'est une réflexion sur la manière de fonctionner de la raison, la définition de la raison et sur les limites de la raison. Ce qui est passionnant en réalité.

Sujet de la filière ES : Une œuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

On comprend tous les termes. Une œuvre d'art, on voit ce que c'est. La beauté, on l'a étudié pendant l'année. On a étudié le sujet de l'art en général. Mais cela ne veut pas dire que le sujet est plus facile à traiter. Quand l'intitulé est très simple, parfois, c'est qu'il y a un piège derrière. Là, on va répondre oui ou non. Une œuvre d'art est nécessairement belle, parce que sinon ce n'est pas vraiment une œuvre d'art. Or, il suffit de regarder les débats autour de l'art contemporain, par exemple, pour voir exactement ce qui est en question. Est-ce que la beauté est un critère suffisant pour apprécier l'œuvre d'art. Est-ce qu'une œuvre d'art peut être laide ? Est-ce que une œuvre d'art laide n'est pas vraiment une œuvre d'art ? Est-ce que le critère esthétique suffit à définir à ce qu'est une œuvre d'art ? Est-ce vraiment la beauté qui compte dans l'art ? Est-ce que ce n'est pas le geste de la création, est-ce que ce n'est pas la manière dont je vais recevoir l'œuvre d'art ? La beauté est le sujet le plus conflictuel en philosophie parce qu'on ne s'accorde jamais sur la beauté. Votre définition du beau n'est pas la mienne. Comment fait-on pour définir si une œuvre d'art est belle ou non ? Il y a trois questions qui peuvent faire trois parties. Avec l'aide de quelques références, parce qu'on aura lu les auteurs qui en parlent pendant l'année, on pourra s'en sortir.

Sujet de la filière L : Suffit-il d’observer pour connaître ? 

Je trouve le sujet très difficile. C'est un sujet qu'on attendrait plutôt à un autre niveau d'étude qu'au bac. Déjà, distinguer l'observation de la connaissance, c'est faisable mais c'est quasiment du niveau de l'agrégation. C'est très difficile d'avoir des références pour un élève de terminale qui viennent en tête. C'est là où le sujet est quand même très intéressant parce que cela force l'élève à se défaire de toute ses références, de toutes les citations qu'il a apprises par cœur pour coller au sujet et essayer de le comprendre. Qu'est-ce qui distingue l'observation de la connaissance ? Qu'est-ce qu'il a en plus dans la connaissance qui n'est pas contenu dans l'observation ? Quand j'observe, je ne connais pas forcément. Je vous observe, cela ne veut pas dire que je vous connais. C'est en discutant avec vous, en vous posant des questions, en apprenant des faits sur votre vie privée et publique que je peux commencer à vous connaître. L'observation est la première étape de la connaissance, mais ce n'est pas la même chose que la connaissance. Il ne suffit pas de regarder pour détenir la connaissance de ce qu'on regarde. C'est aussi la différence entre l'opinion et la vérité.

Baccalauréat 2017. 
Baccalauréat 2017.  (MARTIN BUREAU / AFP)