Mal orientés ou laissés sur le carreau, des étudiants racontent leur mauvaise expérience avec le site APB

A partir de vendredi, les élèves de terminale et les étudiants qui souhaitent se réorienter pourront formuler leurs vœux pour la prochaine rentrée sur admission-postbac.fr. Le portail leur proposera ensuite plusieurs formations, pas toujours appropriées.

Une jeune fille consulte le site APB, le 19 janvier 2015.
Une jeune fille consulte le site APB, le 19 janvier 2015. (FRANCOIS DESTOC / MAXPPP)
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Margaux DuguetfranceinfoFrance Télévisions

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C'est l'affaire de quelques clics, mais ceux-là décident de votre avenir. Vendredi 19 janvier, quelque 800 000 futurs bacheliers ou étudiants en réorientation se rendront sur la désormais célèbre plateforme APB (admission post-bac). Ils y rentreront leurs vœux – jusqu'à 24 sont acceptés – et les classeront selon leur préférence. Trois phases d'admission auront ensuite lieu du 8 au 13 juin, du 26 juin au 1er juillet et du 14 juillet au 19 juillet. Un moment particulièrement stressant pour les étudiants et leurs familles.

Si dans l'ensemble, la majorité y trouve son compte, pour d'autres, l'expérience a mal tourné : APB les a orientés vers des filières qu'il n'avait pas choisies ou sur lesquels ils estiment n'avoir pas eu assez d'informations. Franceinfo a interrogé trois étudiants qui gardent un très mauvais souvenir du logiciel. 

Pour Lucas, une école qui l'a "énormément déçu"

C'est un jeune homme dynamique qui répond au téléphone. Pourtant, il y a deux ans, Lucas, âgé de 21 ans, a frôlé la dépression. Titulaire d'un bac S décroché en 2014 dans son lycée de Sartrouville (Yvelines), il a une idée toute tracée de son avenir : décrocher une formation médicale en radiologie. APB lui propose trois écoles. "J'ai pris la première école qui m'a accepté, sans avoir aucune information dessus. Or, elle était terriblement difficile", raconte-t-il. "Cette école m'a énormément déçu, j'ai arrêté au mois de février, limite en burn-out." Selon lui, cette école accepte un très grand nombre d'élèves en première année pour n'en garder qu'un tiers l'année suivante. Après une pause de six mois, Lucas décide de complètement changer d'orientation et trouve, grâce à un salon étudiant, une école qui forme au web et à l'audiovisuel. 

De son expérience avec APB, il retire une chose : "Je pense que le logiciel devrait orienter les élèves en fonction de la réputation d'une école. Ils devraient communiquer les informations sur les écoles." Lucas conseille aux futurs bacheliers de prendre aussi leur avenir en main, de se rendre aux portes ouvertes des écoles ou dans les salons étudiants.

On est guidés comme des moutons sur APB.

Lucas

à franceinfo

"APB nous formate dans un modèle, soit prépa, soit BTS, soit fac mais il y a d'autres choses. Et si notre dossier n'est retenu nulle part via APB, ce n'est pas grave, il y a d'autres écoles qui n'y figurent pas", conclut-il.

Pour Hugues, "trois heures de transport pour des cours parfois imbitables" 

Après avoir décroché un bac ES en 2012, Hugues, 22 ans, visait une prépa littéraire en région parisienne. "Je voulais y aller pour le côté structuré, pour rester encore un peu au lycée parce que la fac, c'était trop de liberté pour moi", se souvient-il. Mais APB ne lui proposera qu'un choix : "Seule une fac, l'université Paris 13 [à Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis], pour une licence de communication, a bien voulu de moi." Et c'était la dernière dans sa liste de vœux.

Résultat, "je devais me farcir trois heures de transport par jour (depuis Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine) pour aller à des cours parfois intéressants, parfois totalement imbitables". Hugues rate cette première année et s'inscrit à nouveau sur APB l'année suivante. Il abandonne la communication pour l'informatique et formule des vœux pour entrer en IUT. "Mais, encore une fois, seule Paris 13 a voulu de moi."

Hors de question pour Hugues qui tente alors "la procédure complémentaire". "C'est la phase de la dernière chance sur APB, où on peut faire quelques vœux parmi les formations qui ont encore un peu de places, ou ont des étudiants qui se sont désistés. On est obligés d'accepter la première proposition cette fois. J'ai écopé d'une licence à Paris 8 [à Saint-Denis], ce qui me faisait quand même deux heures de transports aller-retour." 

Mais Hugues ne terminera pas cette L1 informatique après être tombé en dépression, "à cause de quelque chose d'extérieur mais ma situation ne m'a pas aidé", explique-t-il. Le jeune homme se souvient aussi de l'incompréhension de ses proches. 

A chaque fois qu'une formation me refusait, mes proches me demandaient 'mais pourquoi ?' et moi j'étais là 'euh ben j'en sais rien'

Hugues

à franceinfo

S'il imagine que "son manque de bonnes notes combiné au manque de places" y est pour beaucoup, "il aurait été sympa de savoir le fin mot de l'histoire". "Un truc que je reproche beaucoup à APB, c'est cette opacité totale sur le tri fait dans les étudiants", critique-t-il. Aujourd'hui, après "deux-trois ans sans être allé en cours", Hugues aspire à reprendre ses études. "Je vais retenter APB car la plupart des formations passent par là mais je ne suis pas très enthousiaste, c'est sûr", conclut-il.

Pour Hicham, une année "perdue bêtement"

A 18 ans, Hicham a décroché un bac S en 2016 avec mention bien, à Massy, dans l'Essonne. Ses bons résultats lui laissaient espérer qu'il pourrait suivre la voie de ses rêves. "Je voulais faire un BTS audiovisuel option monteur vidéo. Il y en avait deux en Ile-de-France, mais j'avais mis des licences en physique au cas où." Par déduction, il comprend qu'il n'est retenu dans aucun des BTS car il ne reçoit aucune réponse de leur part. Hicham choisit alors la licence de physique à la fac d'Orsay qu'il avait mis après ses deux BTS sans savoir qu'il éliminait automatiquement ses autres choix. Mais, fin juillet, il n'a toujours aucune nouvelle de la fac et se décide à contacter les responsables. "On m'a expliqué que pour cette licence-là, il y avait 6 000 demandes et qu'il ne leur restait que 20 places". Ses bonnes notes lui permettent quand même d'y être accepté. 

Mais Hicham rêve quand même d'audiovisuel, et se décide en cours d'année à changer de licence pour avoir plus de temps à consacrer à sa passion. Ce sera donc du droit, pour lequel il n'a aucune appétence, mais cela lui laisse plusieurs journées de libre par semaine. Car, il compte bien réussir à entrer dans l'un des deux BTS à la rentrée prochaine.

Et cette année, je ne compte pas passer par APB.

Hicham

à franceinfo

Le jeune homme prévoit d'aller aux portes ouvertes, d'expliquer son cas aux responsables et de se démarquer "de tous ceux qui passent par APB pour se vendre directement". Car, dit-il, "je n'ai pas envie de perdre une autre année bêtement".