Admission post-bac : "Il ne faut pas écarter les jeunes de l'entrée dans l'enseignement supérieur", défend l'UNEF

Après la deuxième phase de réponses d'APB, près de 117 000 lycéens sont toujours sans affectations. Une situation "inquiétante voire alarmante" pour Lilâ Le Bas, présidente de l'UNEF.

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117 000 lycéens de terminale sont toujours sans affectation après la deuxième phase de réponses du système admission post-bac (APB). Ces élèves recalés ont encore une chance avec la dernière phase d'amission prévue le 14 juillet. "Cette situation est inquiétante voire alarmante", réagit vendredi 30 juin Lilâ Le Bas, présidente de l'UNEF, l'un des principaux syndicats étudiants sur franceinfo.

franceinfo : 117 000 élèves sans affectation, 115 filières dites en tension. Où est-ce que ça coince ?

Lilâ Le Bas : Effectivement, il y a plus de 100 000 jeunes, donc près d'un lycéen sur 7, qui ne sait pas où il va pouvoir s'inscrire l'année prochaine. Cette situation est inquiétante voire alarmante. C'est un chiffre largement en hausse, avec un nombre de filières sous tension en hausse également. On est très inquiets. On a un boom démographique, un nombre de bacheliers qui augmente, un nombre de jeunes qui veulent poursuivre leurs études qui augmente. Et face à cela, on ne donne pas les moyens à l'unversité d'accueillir ces jeunes, avec des moyens limités. Cela donne des jeunes qui sont sur liste d'attente ou des jeunes refusés de l'ensemble de leurs vœux, sans aucune proposition d'admission.

Cela ne veut pas dire que tous ces jeunes n'auront pas une solution in fine ?

Heureusement qu'avec ces vagues de réponses, le nombre de réponses augmente, que le nombre de filières sous tension diminue. On arrive à trouver quelques inscriptions aux jeunes. Maintenant, on a un nombre toujours très élevé [de non-affectations], et il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités, et puisse offrir une place à l'ensemble de ces jeunes dans les filières qui correspondent à leur choix d'orientation. Si on impose une orientation à des jeunes, cela crée de l'échec.

Ne faut-il pas revenir sur ce débat, à savoir instaurer une forme de sélection à l'entrée à l'université ?

Ce débat est tout tranché pour moi. En aucun cas l'université ne doit se transformer en centre de tri à l'entrée, en disant à un jeune de 17 ans, "non, toi, tu n'auras pas le droit d'être dans telle formation, tu n'auras pas le droit de réaliser ton projet professionnel". Aujourd'hui l'université doit permettre aux jeunes de réaliser leur choix d'orientation et de pouvoir y réussir. Le tirage au sort non plus n'est pas une bonne solution. C'est une aberration et il est encore utilisé dans de nombreuses filières. C'est une bonne nouvelle d'y mettre fin pour la rentrée 2018. En aucun cas la solution ne doit être d'écarter des jeunes de l'entrée dans l'enseignement supérieur. On a besoin de diplômés. La solution est de mettre des moyens dans l'université pour que ces jeunes aient des formations décentes.

Plus d'étudiants accueillis cela veut-il dire plus de réussite ?

Non, la question des moyens est centrale mais ce n'est pas le seul sujet. Nous posons la question de l'organisation des licences. Nous pensons que la première année de licence doit être réfléchie pour être plus pluridisciplinaire, et qu'il y ait une spécialisation progressive pour ensuite choisir une spécialisation en master. Cela faciliterait les réorientations, et éviterait à des jeunes de choisir une seule matière, un seul domaine lors de leur première année. Les jeunes construisent leur orientation tout au long de leur parcours universitaire. Un grand nombre de jeunes se réoriente, affine son projet professionnel. On ne fait pas un seul métier toute notre vie, on a envie de découvrir différents domaines.

Il y a aussi beaucoup d'angoisses par rapport à ce système APB. Ne faut-il pas revoir la formation et l'accompagnement au lycée ?

Si, bien sûr. Il y a un véritable manque d'information des lycéens, qui doivent mettre des vœux sur APB très tôt dans l'année, qui doivent ensuite les classer, attendre des réponses, avec des vagues de réponses inquiétantes, qui créent du stress. Evidemment qu'aujourd'hui il y a un enjeu d'information et d'orientation des étudiants. Il faut un vrai service public de l'orientation.

Lilâ Le Bas, présidente de l\'UNEF.
Lilâ Le Bas, présidente de l'UNEF. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)