Recul "massif" du nombre d'animaux sur Terre : "L'extinction en cours est entièrement de la faute de l'homme", juge un zoologiste

Dans une étude publiée lundi, des chercheurs s'alarment de l'extinction de masse d'animaux sur Terre. Pour le zoologiste, Philippe Bouchet, l'homme est le responsable de cette regression "100 à 1 000 fois supérieure au taux d'extinction naturel".

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Dans une étude parue lundi 10 juillet, des scientifiques américains et mexicains tirent la sonnette d'alarme devant le recul "massif" du nombre d'animaux vertébrés vivants sur Terre. "On est dans la sixième extinction", a abondé, mardi matin, sur franceinfo, Philippe Bouchet, zoologiste au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Aujourd'hui, nous atteignons "100 à 1 000 fois le taux d'extinction naturel". En France, nous sommes "en régression absolument catastrophique" sur certaines espèces comme les ours, les lynx ou les vautours, mais aussi "au niveau des espèces communes", a ajouté Philippe Bouchet.

franceinfo : Le recul du nombre d'animaux sur Terre, est-il un phénomène qu'on peut enrayer ?

L'extinction, c'est la mort du dernier représentant d'une espèce. Avec cette indicateur-là, effectivement, il n'y a pas d'extinction catastrophique. Quand on prend les mammifères et les oiseaux, il y a des stratégies de conservation qui font qu'il y a beaucoup d'espèces qu'on rattrape par la peau du cou avant qu'elles s'éteignent. On fait une réserve, on met une population en zoo et puis voilà, elle ne s'éteint pas. Avec 9 milliards d'habitants sur Terre, dont plusieurs milliards vivent en-dessous du seuil de pauvreté et aspirent à vivre mieux, à consommer davantage, la biodiversité est quand même globalement mal partie.

Cela veut dire que c'est de la faute de l'homme?

C'est entièrement de la faute de l'homme. L'extinction de ces espèces en cours est à un rythme qui varie, selon les indicateurs et les calculs, de 100 à 1 000 fois supérieur au taux d'extinction naturel. En clair, toutes les espèces sur Terre, qui sont apparues par le fait de l'évolution, s'éteignent ou s'éteindraient même en l'absence de l'homme, mais à un rythme 100 à 1 000 fois inférieur à ce qui est en train de se produire depuis deux siècles.

Tous les continents sont-ils concernés ? En France aussi, y a-t-il des espèces dont le nombre diminue de façon inquiétante ?

Bien sûr. Est-ce que vous voyez beaucoup d'aurochs, beaucoup d'ours, beaucoup de lynx et beaucoup de vautours quand vous vous baladez en France ? Non. Tout cela est en régression absolument catastrophique. Et cette chute concerne même des espèces communes. Il y a un observatoire qui s'appelle le suivi temporel des oiseaux communs (STOC). Même [ces espèces communes] ont des effectifs qui sont en train de s'effondrer dans nos espaces agricoles.

Un lynx dans le parc national de Ludwigsthal, en Allemagne, en mai 2017.
Un lynx dans le parc national de Ludwigsthal, en Allemagne, en mai 2017. (PATRICK PLEUL / ZB)