Un abattoir du Gard fermé après la diffusion d'une vidéo montrant des actes de cruauté sur les animaux

L'association de défense des animaux L214 diffuse de nouvelles images choquantes de maltraitance animale, quatre mois après une première vidéo filmée en caméra cachée à l'abattoir municipal d'Alès.

Capture d'écran d'une vidéo publiée le 23 février 2016 par l'association L214, montrant des mauvais traitements infligés aux animaux dans un abattoir certifié bio au Vigan (Gard). 
Capture d'écran d'une vidéo publiée le 23 février 2016 par l'association L214, montrant des mauvais traitements infligés aux animaux dans un abattoir certifié bio au Vigan (Gard).  (L214 / YOUTUBE)

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Animaux mal étourdis, moutons lancés violemment contre les barrières, coups répétés à la matraque électrique... L'association de défense des animaux L214 diffuse, mardi 23 février, une vidéo montrant des mauvais traitements infligés aux animaux dans un abattoir certifié bio, au Vigan (Gard).

Que voit-on dans cette vidéo ?

Dans cette vidéo de plus de 4 minutes, on voit d'abord un employé jeter violemment des agneaux contre une clôture. Suivent ensuite des images de bovins et de porcs, théoriquement égorgés après avoir été étourdis, être saignés alors qu'ils bougent encore. Plus loin, un employé donne des coups de matraque électrique brefs et répétés pour tester la réaction des bêtes, on peut entendre un grand rire pendant cette séquence. On voit aussi du matériel défaillant, ou inadapté : des animaux tombent de leur crochet, des bovins sont comprimés dans des box trop étroits pour leurs cornes.

Les images ne sont pas prises en caméra mobile, mais sont fixes. Elles ont manifestement été filmées depuis un angle des pièces filmées, à l'instar d'une vidéosurveillance.

Attention, le contenu de cette vidéo est violent et peut choquer.

Que sait-on de l'abattoir concerné ?

Cet abattoir est "certifié bio" et "travaille en circuit court", explique L214. Comme le rappelle Le Monde, un règlement européen datant de juin 2007 encadre les productions biologiques. En principe, donc, le bio "respecte des normes élevées en matière de bien-être animal" et "toute souffrance (...) est réduite au minimum pendant toute la durée de vie de l'animal, y compris lors de l'abattage".

"Il semble y avoir eu des fautes professionnelles. Si elles sont avérées, nous devrons agir en conséquence", reconnaît  le directeur de l'abattoir, cité par Le MondeSelon le quotidien, l'abattoir est "un petit établissement de proximité, spécialisé dans la vente directe et certifié bio par l'organisme Ecocert". L'établissement emploie trois salariés et ses locaux, qui datent de 1985, ont été modernisés en 2010 et en 2014.

Que dénonce L214 avec cette nouvelle vidéo ?

Cette vidéo intervient quatre mois après une première vidéo filmée en caméra cachée à l'abattoir municipal d'Alès, dans le même département, qui avait provoqué de vives réactions, une enquête judiciaire et la fermeture temporaire immédiate de l'abattoir.

L'association L214 annonce avoir déposé une plainte auprès du procureur de la République d'Alès et demande une nouvelle fois une commission d'enquête parlementaire sur les méthodes d'abattage dans les abattoirs français. L'assocation dénonce "des scènes intolérables violant la réglementation et causant d'importantes souffrances aux animaux". 

"La projection d'ovins est un cas de maltraitance avérée, un cas gravissime qui doit faire l'objet de sévères sanctions professionnelles et judiciaires", estime Martial Albar, ancien inspecteur-vétérinaire d'abattoir, consultant en sécurité alimentaire, mandaté par L214, dans son rapport (PDF).

Comment réagissent les autorités ?

A la suite de la plainte de l'association, le procureur de la République d'Alès a annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire. "Cette plainte vise principalement les conditions d'abattage des bovins, cochons et moutons dans l'abattoir du Vigan. Le parquet a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire afin de vérifier les éléments contenus dans cette plainte", indique le procureur, Nicolas Hennebelle, dans un communiqué. Cette enquête sera menée par la brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires, en cosaisine avec la brigade des recherches de la gendarmerie du Vigan.

De son côté, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, "condamne avec la plus grande fermeté ces pratiques intolérables". Il annonce dans un communiqué avoir "immédiatement diligenté une enquête de la Brigade nationale d'enquête vétérinaire et phytosanitaire".

Enfin, les élus de la communauté de communes du pays viganais ont décidé de fermer l'abattoir à titre conservatoire dès ce mardi, ainsi que la suspension du personnel jusqu'à nouvel ordre. "Ces mesures s'appliquent dès à présent pour permettre le déroulement de l'enquête suite à la plainte déposée par l'association ainsi que l'enquête administrative que nous allons mener en interne", a annoncé le président de l'intercommunalité, Roland Canayer.