Ai-je le droit de manger mon chat ? (Et mon chien ?)

Des Suisses mangent encore, à l'occasion, du chien et du chat, affirme une association helvétique qui réclame l'interdiction de cette pratique. Et en France, a-t-on le droit de manger son animal préféré ? 

Des chats dans une cuisine.
Des chats dans une cuisine. (ERIC GUILLORET / BIOSPHOTO / AFP PHOTO)
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Anne BrigaudeauFrance Télévisions

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Pas de matou dans le rösti ! Une association suisse, SOS chats Noiraigue, a lancé une pétition pour interdire "le commerce et la consommation de la viande de nos animaux domestiques". Le texte, qui a déjà recueilli 16 000 signatures, selon la Radio Télévision suisse (RTS), a été déposé mardi 25 novembre au Palais fédéral de Berne.

Selon cette association de défense des animaux, quelques Suisses réduisent encore les chiens en saucisses et cuisinent les chats "comme un lapin pendant la période de Noël, en particulier dans les cantons de Berne, de Lucerne et du Jura". Et en France, a-t-on le droit de transformer Rex en paupiettes ?

Manger un animal de compagnie est "un acte de cruauté"

Jointe par francetv info, la Société protectrice des animaux (SPA) répond qu'"en France, cette consommation n’est pas culturelle, en conséquence, nous ne sommes pas confrontés à une telle problématique". La SPA ajoute que "les filières de commercialisation d’une telle viande n’existent pas dans notre pays, ni aucune règle sanitaire". Mais elle précise que "la législation actuelle réprime la destruction volontaire et les actes de cruauté commis envers les animaux domestiques. Il est de ce fait interdit de tuer un animal pour sa consommation." 

Le ministère de l'Agriculture confirme : "Selon la définition du Code rural, le chien est un animal de compagnie, donc il ne se mange pas car ce serait considéré comme un acte de cruauté." Que considère-t-on comme animal de compagnie ? "Tout animal détenu ou destiné à être détenu par l'homme pour son agrément."

L'article L-214-3 du Code rural dispose ainsi qu'il "est interdit d'exercer des mauvais traitements envers les animaux domestiques ainsi qu'envers les animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité." Selon le Code pénal, de tels actes sont passibles de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende.

En définitive, si aucun texte ne prohibe de façon spécifique la consommation de chien ou de chat, il est explicitement interdit de les tuer ou de les commercialiser à cette fin. Ce qui ne vaut pas, explique encore le ministère de l'Agriculture, pour les animaux dits "de rente" (ovins, caprins, lapins…), élevés pour leur viande, leur fourrure, etc.

Beaucoup de bruit pour rien ?

Faut-il rappeler que les interdits alimentaires relèvent de la culture ? Il y a quelques mois, la romancière Jeanette Winterson avait scandalisé les Britanniques (mais guère les Français) avec ce tweet lapidaire : "Le lapin a mangé mon persil. Je mange le lapin." 

En Suisse, la publicité faite, à l'étranger, à une pratique extrêmement marginale (mais pas interdite) a interloqué plus d'un citoyen. Journaliste à la RTS, Magali Philip y a ironiquement répondu sur Twitter :

Passée l'indignation, la RTS s'est demandé ce que ce buzz disait de l'image du pays. Sur ses antennes, Francesco Panese, historien de la médecine et de la santé publique à l'université de Lausanne, a rappelé que c'était un peu "un marronnier" qui ressortait à intervalles réguliers.  

Intitulé Potée de marmottes, un article de L'Hebdo revenait déjà en 2008 sur une polémique identique. Elle avait été lancée par le journal allemand Blick, qui publiait le témoignage d'un mangeur de chien. "Horreur !, se moquait le magazine de Lausanne. Les Suisses, ces barbares, dévoreraient donc des animaux domestiques en se pourléchant les babines…"  Conclusion de l'universitaire ?  "Lorsqu'on veut exotiser un peuple, on l'exotise par sa nourriture."