Il le hait au point d'avoir envoyé un homme l'attaquer à l'acide. Le soliste du ballet du Bolchoï Pavel Dmitritchenko a été inculpé, jeudi 7 mars, pour avoir commandité en janvier l'agression de Sergueï Filine, le directeur artistique du prestigieux théâtre de Moscou. La veille, le danseur de 29 ans, connu pour ses coups de sang, est passé aux aveux. L'agresseur présumé et le chauffeur qui a amené ce dernier sur les lieux ont, eux aussi, été inculpés. Tous trois risquent jusqu'à douze ans d'emprisonnement.
Pour quelles raisons l'un des danseurs les plus réputés de la compagnie moscovite, qu'il a rejointe en 2002, s'en est-il pris à son directeur artistique ? Voici les dernières hypothèses.
Une liaison amoureuse au centre des soupçons
La presse russe a une explication toute trouvée. Pour elle, le crime a été commis pour une femme, la danseuse et compagne de Pavel Dmitritchenko, Angelina Vorontsova. Cette dernière s'était vu refuser par le directeur artistique en question le rôle d'Odette/Odile dans Le Lac des cygnes, considéré dans le monde de la danse comme un rôle phare pour une danseuse.
La chaîne publique Pervy Kanal a reconnu mardi soir le "caractère explosif" de Dmitritchenko. Sur ce point, le New York Times (en anglais) rappelle que le danseur s'en était violemment pris, il y a quelques années, à l'auteure d'une critique sur l'ancien directeur du Bolchoï, Youri Grigorovitch. De quoi faire dire à la chaîne russe qu'il "ne pouvait pas rester indifférent au sort de sa compagne Vorontsova".
Des critiques sur la corruption au Bolchoï
Autre point étudié par les enquêteurs : Pavel Dmitritchenko est ami avec le danseur étoile Nikolaï Tsiskaridzé, en conflit ouvert avec la direction. Ce dernier, rapidement soupçonné à la suite de l'agression, a accusé Sergueï Filine d'être corrompu, rappelle le magazine allemand Der Spiegel (en anglais). Il a par ailleurs critiqué la gestion de la direction et la récente reconstruction de la façade du théâtre, selon The Telegraph (en anglais). Pavel Dmitritchenko l'a toujours soutenu dans ces critiques.